Kurogané se redressa d'un bon ; par la fenêtre entrouverte, il avait entendu des bruits de pas qui s'approchaient de leur maison. Sortant de sa torpeur, Fye lui demanda d'un air endormi : « Qu'est-ce qui se passe ?
Je crois que les enfants sont en train de rentrer, lui expliqua son amant, rhabille toi. »
Le magicien eut à peine le temps de prendre son pantalon en main que la voix de Mokona résonna au bout de la rue : « Attends Shaoran-kun, Sakura ne te suis pas ! Courage Sakura-chan, nous y sommes presque ! »
Enfilant son vêtement, le blondinet constata : « Je ferai mieux de me dépêcher...
Ça ira ? S'inquiéta le ninja qui avait presque finit de s'habiller.
Oui oui, ne t'en fais pas, le rassura-t-il avec un magnifique sourire.
Bon, je descends alors, l'informa le guerrier. »
Lorsqu'il arriva dans la cuisine, Kurogané avait l'air calme et posé qu'il arborait habituellement, ne trahissant aucun signe de ce qui s'était passé un peu plus tôt, ni de son arrivée précipité dans la pièce. Il s'assit à table, et les odeurs du repas qu'avait préparé Fye firent grogner son ventre vide... Avec tout ça, ils avaient complètement oublié de manger ! Tant pis, ce serait pour plus tard... Une minute après lui, le magicien le descendit ; lui non plus ne laissait rien paraître des évènements qui venaient de se produire, fort heureusement car c'est à ce moment que Shaoran débarqua. Immédiatement suivie de Sakura, il attendit seulement d'avoir retrouvé son souffle pour annoncer : « Nous avons trouvés la plume, mais nous ne savons pas comment la reprendre. Pourriez-vous nous aider ?
Bien sur, répondit le magicien un magnifique sourire aux lèvres.
Il vaudrait mieux se dépêcher, on vous expliquera en route, dit Shaoran en repartant directement la princesse sur ses talons.
On vous suit ! Lui assura le blondinet. Hé bien, allons-y Kuro-pon !
Arrête de me donner ces surnoms ridicules... » Râla le ninja, mais d'un ton peu convainquant que les adolescents n'avaient fort heureusement pas entendu. En fait, il n'aimait peut être pas ces surnom, mais il préférait cela car son vrai nom sonnait bien trop mal sortant de la bouche de Fye. Il finit tout de même par se lever et suivre la petite bande à la recherche de la fameuse plume.
Dehors, Mokona sauta dans les bras du magicien pour lui faire des câlins et remarqua : « Tu sens comme Kuro-chan, il t'a fait du mal ?
Hum... C'était plutôt pas mal en fait... avoua le blondinet. » La boule de poils ne comprit pas ce que voulait dire le magicien, mais ne s'inquiéta pas et laissa tomber le sujet car il semblait aller bien et la plume de la princesse était donc plus importante pour le moment.
Dès qu'il eut fini de leur exposer la situation, le garçon demanda : « Avez-vous une idée ?
Bien ... Je maîtrise le gars et Sakura récupère sa plume... proposa Kurogané.
Mais ! Il ne faut pas lui faire du mal, objecta la jeune fille. Il n'a pas l'air méchant...
Il a quand même rétréci toute la population de cette ville ! Remarqua le ninja.
Je suis également contre ce plan, c'est trop risqué... s'opposa Fye.
Vous pensez à quelque chose ? S'enquit Shaoran.
Je pense que j'irai le voir seul... Je lui demanderai de me donner la plume.
Mais c'est de la folie ! Explosa le guerrier. Tu vas te faire rétrécir !
Peut-être ... si c'est le cas je compte sur Shaoran et toi. Shaoran devra le distraire et pendant ce temps ; tu lui prendras la plume et la rendra à Sakura. Lorsqu'elle l'aura tout le monde retrouvera une taille normale.
Je préfère ce plan, approuva la princesse, peut-être arriverai-je à retrouver ma plume sans qu'on ait à se battre.
Oui ! S'enthousiasma la bestiole blanche. Mokona n'aime pas non plus la bagarre !
Humf, grogna Kurogané qui pensait pouvoir se débrouiller très bien seul. »
Le soleil s'était déjà couché lorsque la petite troupe arriva devant la maison qu'ils cherchaient. Fye frappa à la porte en bois tandis que les autres se cachaient un peu plus loin dans la ruelle. Une ou deux minutes s'écoulèrent avant que le magicien n'entende les pas précipités de l'occupant de la demeure se dirigeant vers la porte d'entrée. Enfin, la porte s'ouvrit et devant lui se tenait l'homme qu'avaient vu les deux adolescents. Il était tout essoufflé d'avoir couru et serrait le globe contenant la plume fort contre lui. Son visage arborait une expression stupide, mais il semblait ravi d'avoir de la visite. Le blondinet lui servit son plus beau sourire malgré sa peur, car, il devait bien se l'avouer, il préférait ne pas se faire rétrécir ; est-ce que le ninja allait devoir le sauver ?
Reléguant ses inquiétudes au second plan, Fye joua son rôle devant le simplet : « Bonjour ! Excusez-moi de vous déranger... Je suis un voyageur, et j'ai décidé de faire une halte par votre ville ; mais il me semble qu'il n'y a personne d'autre que vous ici...
Un gens grand ! Un gens grand ! S'exclama l'homme qui sautait presque sur place tant il était excité. Je suis si contant ! Ça fait longtemps que je n'ai plus vu de grand gens, il n'y en a plus que des petits... Les gens grands sont pas toujours très gentils, mais, je me sens quand même un peu seul sans eux...
Alors vous vivez tout seul ici ? S'étonna le magicien.
Oui, je m'occupe des poules, du jardin, et des petits gens, annonça fièrement le simplet.
Oh, et qu'est-ce que c'est ? » Demanda le blondinet qui désignait la plume de Sakura. Voyant que son interlocuteur semblait inoffensif, il risquait le tout pour le tout.
L'homme souleva la sphère de verre au niveau de ses yeux et tout en admirant son contenu, il déclara : « C'est mon trésor ! Je l'ai trouvé un jour, et, elle était si belle, que j'ai voulu la garder !
Elle est magnifique en effet, puis-je la voir de plus près ?
Oh, heu... oui, accepta-t-il en lui tendant le globe après une seconde d'hésitation.
Sublime, s'extasia Fye qui admirait l'objet. Dites, je suis accompagné d'une amie qui collectionne les plumes, je suis certain qu'elle adorerait la voir elle aussi. Vous lui permettriez de la regarder ?
Une grande gens ? Demanda-t-il intéressé.
Heu, oui, elle est assez grande, pour son âge en tout cas, fit le magicien qui tenait encore la sphère.
Je veux la voir alors ! Appelez-la ! Appelez-la ! Insista le simplet.
Sakura, tu pourrais venir ? S'exécuta le blondinet d'une voix forte. »
Quelques secondes plus tard, la princesse sortit de sa cachette pour se diriger timidement vers les deux hommes. Un sourire béat illuminait le visage de l'unique habitant de la ville lorsqu'il vit la jeune fille. Il était si heureux qu'il ne pu se retenir de la serrer dans ses bras, mais la relâcha une poignée de secondes plus tard pour discuter avec elle : « Bonjour mademoiselle !
Bonjour, répondit-elle de sa voix douce.
Vous êtes très jolie ! S'émerveilla-t-il.
Merci, rougit la princesse.
Vous aimez les plumes ? J'en ai une très jolie, vous voulez la voir ? Demanda le simplet.
Oui, je veux bien... dit-elle.
Montrez lui, montrez lui, ordonna-t-il à Fye. »
Le magicien obéit et tendit la plume à Sakura, ça avait été vraiment facile en fait. L'homme était très gentil, le magicien était presque triste d'avoir à le berner ainsi. Mais il s'agissait des souvenirs de la princesse, et leur mission était de les récupérer tous... Et à présent, la magie opérait et la jeune fille absorbait sa plume sous les yeux ébahis de l'inconnu. Il ne réalisait pas encore ce qui se passait et avait l'ai plus étonné qu'autre chose.
Affaiblie, Sakura s'effondra dans les bras du blondinet et murmura « Merci... Pardon. » à l'attention de l'ancien gardien de ses souvenirs avant de s'évanouir. Un grand bruit suivit, et surgit de nul part, apparurent les habitants de la ville. Alertés par le raffut, Shaoran, Mokona et Kurogané accoururent ; voyant sa princesse inconsciente, le garçon la prit des bras de Fye.
Réalisant peu à peu ce qui venait de se produire, une poignée de gens s'amassa autour de leurs sauveteurs tandis qu'un autre groupe approcha le simplet. Les habitants étaient amicaux envers les voyageurs, les remerciant de les avoir délivrés ; mais ils étaient hostiles avec l'ancien possesseur de la plume. Ne craignant qu'ils ne veuillent le blesser, le magicien tenta de s'interposer en criant : « Non ! Laissez-le tranquille... il ne l'a pas fait exprès... », mais personne ne l'écoutait.
« LAISSEZ-LE TRANQUILLE ! » gronda le ninja en écho. Sa voix grave et puissante, sa musculature imposante et ses sourcils froncés attirèrent bien plus l'attention que le blondinet et tout le monde se tut.
Finalement, une voix s'éleva dans la foule : « Après ce que cet idiot à fait, il doit être puni !
Pourquoi ? Demanda le guerrier. Vous a-t-il maltraités ?
Il nous a rapetissés ! S'indigna quelqu'un.
Mais vous a-t-il fait du mal autrement ? Vous a-t-il blessé ? Vous a-t-il laissé mourir de faim ? » Personne n'osa répondre que ce n'était pas le cas et on n'entendait pas un seul murmure, Kurogané reprit donc : « Oui, il vous a rapetissé, mais il ne se rendait pas compte de ce qu'il faisait. Il est entré en possession d'un pouvoir très puissant et l'a utilisé malgré lui. Mais s'il a pris soin de vous, s'il ne vous a pas fait plus de mal que cela, alors il a été moins cruel que vous. Toute sa vie durant vous l'avez traité avec mépris et l'avez martyrisé à cause de sa différence. » Il n'en savait rien en fait, mais se disait que ce devait être la même chose partout ; les gens différents étaient mis au ban de la société, ridiculisés et molestés. Personne ne le contredit, il continua alors : « Avoir été rapetissé a été votre punition pour avoir été si cruel envers lui...
Mais, vous nous avez sauvé… dit un habitant confus.
Toute punition doit prendre fin un jour, car tout le monde a droit à une nouvelle chance. Saisissez là au lieu de toujours faire les mêmes erreurs. Vous ne pensez pas que vous avez d'autres choses à faire ? Ne devriez pas plutôt vous occuper de vos familles et de vos maisons ? Elles sont en ruines et il ne reste presque plus rien à manger, expliqua le ninja. »
Réalisant qu'il n'avait probablement pas tord, les gens se mirent à quitter la demeure du simplet en murmurant. Seul le maire de la ville était resté pour s'occuper de leurs sauveurs : « Merci encore, nous vous sommes tous très reconnaissant, leur dit-il d'une façon dont on pouvait douter de la sincérité. Vous serez nos invités, vous pourrez dormir gratuitement à l'hôtel, je vous y conduis.
Mais, nous nous sommes déjà installés dans l'une des maisons, protesta Fye d'une petite voix.
Oh, je suis certain que les propriétaires ne vous en voudront pas », répondit le maire qui ne voulait pas comprendre la remarque du magicien. J'espère bien qu'ils ne m'en voudront pas d'avoir réparé leur baraque ! Pensa amèrement le guerrier.
Voyant leur mines renfrognées, Shaoran leur chuchota : « Ils n'ont pas vraiment apprécié le discours de Kurogané-san, on ferait mieux d'obéir sans se plaindre si on ne veut pas s'attirer d'ennuis !
Si on a des ennuis, Mokona peut nous faire partir, murmura la bestiole.
Oui, mais je pense qu'il vaudrait mieux que Sakura passe une nuit tranquille. » Et, suivant son conseil, ils suivirent leur guide dans le labyrinthe que formaient les rues de la ville.